Le roman dans tous ses états

Dans cette colonne figurent les rubriques qui présentent le roman ou le poursuivent, l'augmentent de façon tentaculaire.

Les personnages ont la parole

L'autre Avel

A l'origine, Avel était un blog dont le but, outre, à la marge, la présentation du roman, était de faire découvrir la littérature haïtienne et la "matière de Bretagne" dans tous ses états. Ce double objectif, débordé même par quelques articles de réflexion ou d'humeur, aboutit aujourd'hui à la construction de ce nouveau site, centré sur le roman. L'autre partie, l'autre Avel, est toujours visible ici

e-littérature, sous-littérature?

Celui qui publie un texte littéraire sur la toile par le biais d'un site d'auto-édition peut se raccrocher au discours valorisant qui met en avant une philosophie nouvelle, plus libre, plus juste, un fonctionnement qui donne sa chance à tout le monde, opposé à la tyrannie des éditeurs bornés qui pratiquent une sélection arbitraire fondée sur l'intérêt commercial, voire le copinage.  Je souscris dans une certaine mesure à ce discours, en cela que je trouve effectivement les initiatives d'auto-édition très intéressantes, d'autant plus que certains trouvent vraiment un lectorat qui, même quand il est trop limité pour donner des regrets à un éditeur classique,  justifie l'entreprise. N'empêche, avant de publier mon roman sur ILV-Edition et de me voir proposer le format web-book sur WBE (l'ancienne version du site, tout à fait différente dans son fonctionnement), j'ai envoyé mes pavés à plusieurs maisons d'édition, et il y a fort à parier que beaucoup d'auteurs pratiquant l'auto-édition sur le web auraient aimé signer chez  un véritable éditeur.
Quand on n'y parvient pas, deux hypothèses se présentent:
1. La qualité, l'intérêt du texte sont insuffisants.
2. Le genre du texte, le propos, le thème ne correspondent pas aux politiques éditoriales (donc en partie commerciales) ou aux formats étriqués de l'édition traditionnelle.

La seconde hypothèse rassure bien sûr. Elle est loin d'être absurde lorsqu'il s'agit de romans d'aventures, de science-fiction ou encore, véritable suicide littéraire, de heroic fantasy (à moins peut-être, de ne viser officiellement qu'un jeune public, à qui l'on pardonne ce genre d'errements). Le monde littéraire français continue à témoigner un grand mépris pour ces genres populaires, mineurs bien entendu. Seuls le polar (tant mieux pour lui) et le thriller, en dehors de la littérature sérieuse, tirent leur épingle du jeu. Mais essayons de dépasser cette contradiction entre les soupçons sur l'édition et ceux portés sur les textes eux-mêmes.
 Ce dont il est question, c'est d'abord de sélection. Un gros mot pour certains. La philosophie du libre veut que la sélection soit faite par le public. Il n'en reste pas moins que si tout le monde peut mettre en ligne ses textes, la qualité moyenne de ce qui peut se lire sur le net est forcément inférieure à ce qu'on trouve en librairie. Cependant, il est tout aussi probable que des oeuvres de qualité passent inaperçues des éditeurs. L'exemple de Proust, même si on le considère comme une exception, n'en est pas moins probant: s'il avait écrit à notre époque, le gars Marcel aurait peut-être opté pour la toile. (lire à ce sujet l'article du Nouvel Obs sur Jean D'Aillon : Jean d'Aillon, de l'autoédition à l'édition)
Il est aussi question de correction. Un éditeur ne fait pas que choisir, il peut aussi corriger, parfois conseiller. Il y a danger, certes, mais on doit aussi se rendre à l'évidence: un texte auto-édité peut receler beaucoup plus d'erreurs d'orthographe et de syntaxe. Est-ce si grave? C'est gênant, mais mon goût prononcé pour le baroque me pousse à croire qu'un texte imparfait, un peu bancal par certains aspects, peut aussi manifester une plus grande force qu'un objet poli, du fait même de l'aspect chaotique de l'énergie qui le produit.

Ce qu'il faudrait également pour donner ses lettres de noblesse à l'auto-édition, c'est une critique digne de ce nom. Remarquez, elle n'est pas beaucoup plus présente en ce qui concerne les titres promus dans les médias, où l'indigence des commentaires, à coup de "magnifique", "captivant jusqu'à la dernière page", ou encore "un livre qui m'est tombé des mains", le dispute à l'incompétence des commentateurs, notamment dans les émissions télévisées où n'importe qui s'improvise critique littéraire (pensez que chez Ruquier, il n'y a pas si longtemps, Christine Bravo reprochait à Salman Rushdie une utilisation excessive du mot "comme" dans un de ses romans).

N'empêche que, à mon humble avis, la littérature de la toile aura prouvé sa valeur quand elle suscitera une critique non seulement médiatique mais pourquoi pas, également, universitaire. Si le lectorat gonfle dans des proportions remarquables, le phénomène sera remarqué et attirera les critiques. Pourquoi ne pas imaginer le processus inverse? Les blogs littéraires fourmillent, mais ils se consacrent essentiellement à la littérature éditée traditionnellement, ou bien vantent les productions de l'auteur (procédé certes légitime). Les auteurs concernés pourraient commencer, s'entre-critiquer. Le risque est de voir surtout des louanges dans l'espoir d'un retour d'ascenseur. Tant pis. Et, retenant la leçon récemment donnée par notre vénéré président sur les commentateurs, dont le rôle est de commenter, et les acteurs, dont le rôle est d'agir (merci pour ces éclaircissements précieux), je me propose de ne plus seulement proposer, mais aussi d'agir... en commentant! Ainsi, de temps en temps, je pousserai la critique sur un ouvrage auto-édité. J'en ai lu un bon nombre, en ai apprécié plusieurs, comme Le Baron Caraïbes ou Lol et Gimmy de Salaber, Aevum de Christian Epalle, Les demoiselles des nuages  ou Le Temps d'un voyage de Xavier Pivano (et beaucoup d'autres), ouvrages dont je vous conseille la lecture.

Bon, au boulot!

 

 

P.S.  Ce texte date un peu, et j'aimerais y apporter quelques précisions, compléments ou nuances. Tout d'abord, quand je dis que la littérature webienne aura prouvé sa valeur quand elle suscitera une critique médiatique et universitaire, je ne veux évidemment pas dire que seule cette critique pourra attester de la valeur de ce qui se fait pour l'instant sans elle. Après tout, l'université est toujours en retard, surtout en France où les conservatismes en matière littéraire sont d'une pesanteur ahurissante, reléguant toujours certains genres dans la sous-littérature. 

D'autre part, concernant l'entre-critique à laquelle devraient se livrer les auteurs auto-édités, la proposition est débordée par le projet du site WBE, plus riche. Sur ILV, il est vrai qu'on commente, mais parler de "critique" est dans la grande majorité des cas largement excessif.

Enfin, à propos du voeu si cher de trouver enfin un éditeur, je dois avouer qu'il s'éloigne de plus en plus, jusqu'à disparaître pour le moment, tant l'auto-édition sur le net (et les formats numériques) offrent de possibilités, de liberté, auxquelles l'édition classique n'est pas prête à faire une place.

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