Partager l'article ! Tailleurs et pèpès: la guerre du vêtement: La majorité des vêtements actuellement portés en Haïti est de deuxième main, elle vient essent ...
Dans cette colonne figurent les rubriques qui présentent le roman ou le poursuivent, l'augmentent de façon tentaculaire.
A l'origine, Avel était un blog dont le but, outre, à la marge, la présentation du roman, était de faire découvrir la littérature haïtienne et la "matière de Bretagne" dans tous ses états. Ce double objectif, débordé même par quelques articles de réflexion ou d'humeur, aboutit aujourd'hui à la construction de ce nouveau site, centré sur le roman. L'autre partie, l'autre Avel, est toujours visible ici
La majorité des vêtements actuellement portés en Haïti est de deuxième main, elle vient essentiellement des Etats-Unis. Ces vêtements sont appelés "pèpès". On les voit dans le roman, notamment sur la route de Carrefour, dans le chapitre 2. Des commerçant(e)s vont les acheter par balles, à Miragoane par exemple, où des bateaux les débarquent en grand nombre.
Le problème, c'est qu'ils ne savent pas exactement ce qu'ils achètent et peuvent, du point de vue de la qualité ou de la beauté, plus ou moins bien tomber. Puis ils les vendent, principalement sur les marchés, souvent dans la rue, à terre.
Ce sont évidemment des vêtements bon marché, ça ressemble à une forme d'"aide", mais évidemment les exportateurs font leur beurre, et les perdants dans l'affaire sont les tailleurs, à qui l'on fait de moins en moins appel, qui deviennent trop chers comparativement, même si en réalité le coût de leurs prestations est vraiment raisonnable. Heureusement pour eux, il reste les uniformes scolaires pour lesquels pratiquement tous les élèves sont obligés de faire appel à des professionnels. Chaque école impose effectivement ses couleurs, parfois la direction vend la toile (il n'y a pas de petits profits). Quelques écoles, notamment port-au-princiennes, modernisent l'uniforme en demandant jean et t-shirt d'une couleur imposée. C'est une nouvelle perte pour les tailleurs.
Comme on le voit, les tailleurs travaillent sur la bonne vieille machine Singer, parce qu'ils ne peuvent dépendre d'une électricité qui n'est pas toujours au rendez-vous. C'est sur cet engin au bruit caractéristique, agréable, qu'Ana travaille également.
Mais elle inaugure, dans cette guerre, une nouvelle phase, la revanche du tailleur sur les pépés, puisqu'elle les utilise comme base pour des créations originales. Si quelqu'un possède un vêtement exécuté par elle, je lui serais très reconnaissant de m'en envoyer une photo.
Et j'en termine par une anecdote: les pèpès sont aussi appelés parfois "kennedy". Est-ce parce que les envois auraient commencé sous sa présidence, et auraient été
considérés avec humour comme un cadeau de sa part? Je n'en sais rien. Toujours est-il qu'un menuisier de ma connaissance fut très surpris, et rit beaucoup en apprenant un jour qu'on avait donné à
un président américain le nom de vêtements usagés, un peu comme si un de nos présidents, et toutes proportions gardées (beaucoup de vêtements pèpès sont encore en bon état), s'appelait
"Guenilles". Ils sont bizarres ces Américains!
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